
Traduction, par Irena Elster, d’un
article paru dans l’édition du 27 août dernier de l’hebdomadaire polonais
Wprost:
Les concessions et les compromis ne contribuent pas à modérer les fanatiques; au contraire, ils les encouragent dans la même voie et les stimulent.
HENRYK GRYNBERG Poète, dramaturge et essayiste, auteur de près de trente livrestraduit du polonais par Irena Elster
Le terrorisme est connu depuis au moins deux cents ans. Pratiqué par les carbonari italiens, les national-populistes et les SR de gauche russes, les révolutionnaires polonais (Le Prolétariat et le PPS), les Juifs palestiniens (Irgoun Tzvaï Leumi et Stern), il visait les représentants du pouvoir.
Les attentats visant la population civile, initiés et pratiqués en Israël par les Arabes, repris par les islamistes qui les ont propagés dans le monde et multipliés à une vaste échelle, afin de tuer non plus des dizaines mais des centaines voire des milliers d’innocents dans leur vie quotidienne, ce n’est plus du terrorisme, mais un génocide avéré et un crime contre l’humanité.
Cette fois, c’est de crime universel qu’il s’agit car on assassine indépendamment de l’identité, sans choisir les victimes, du moment qu’on en tue un maximum. Pourquoi n’appelle-t-on pas ces crimes par leur nom? Pourquoi n’applique-t-on pas l’exemple de Nuremberg à leurs auteurs directs et indirects?
Traitement préférentiel
C’est une guerre mondiale. Contre la culture et la civilisation, et pas uniquement celles de l’Occident, comme le montre l’exemple de l’Irak, précédé par la destruction des statues de Bouddha en Afghanistan.
C’est une guerre idéologique nouvelle, après les fascismes et les communismes du siècle dernier. Beaucoup plus difficile, sans ligne de front et sans rideau de fer, les assaillants restant le plus souvent invisibles. Ne nous faisons pas d’illusion en croyant l’ennemi peu nombreux – et ces foules hystériques – non seulement en Asie mais aussi dans les rues d’Europe?
À quelques-uns, ils peuvent faire des milliers de victimes, l’arme de destruction massive de poche n’est qu’une question de temps. Le général Moucharraf ne vivra pas éternellement, même si les attentats le visant continuent d’échouer. Dans les mains de qui se retrouvera alors la seule arme nucléaire «islamique» actuelle?
Il serait intéressant de s’interroger sur le fil conducteur des «conférences des pays musulmans». N’est-il pas curieux qu’au XXIe siècle, des pays que rien ne lie excepté la religion se réunissent et délibèrent ainsi? On peut imaginer le cri d’indignation, d’ailleurs justifié, qu’élèveraient les médias et les universités si l’on organisait une conférence semblable des pays chrétiens. Mais personne ne crie, ni même ne s’étonne, lorsque les représentants de tous les pays musulmans et, à l’occasion, le Premier Ministre indonésien, lancent une tirade contre les Juifs.
Un curieux traitement préférentiel. Combien de temps devra-t-on attendre la tirade du président iranien contre tous les «infidèles»? Plus très longtemps, pas plus que l’arme nucléaire de l’Iran.
Ces pays qui ont les plus grandes réserves de pétrole, dont le prix augmente sans cesse, exercent par ce biais un chantage sur le monde, depuis des dizaines d’années, et se disent perpétuellement pauvres, lésés, exploités. Ils ont de plus en plus d’argent et à quoi le consacrent-ils? À fabriquer une arme de plus en plus sophistiquée. Et une telle arme, en relation avec un esprit rétrograde, moyenâgeux, constitue un mélange explosif et la promesse d’une catastrophe mondiale. En même temps, ils paient des sommes folles afin de corrompre des médias, des universités, et d’entretenir une arme propagandiste paralysante (dont l’un des effets est ce traitement préférentiel).
À la place des Lumières
J’écris tout cela pour noircir le tableau? Non, au contraire, j’écris afin de susciter en nous une résistance psychique sans laquelle on ne peut pas gagner cette guerre. Afin que l’on ne s’habitue pas aux aliénés et aux barbares, que l’on s’y oppose, qu’on ne fasse pas d’efforts surhumains pour «les comprendre», et surtout qu’on ne leur cède pas. Plus d’une fois, nous avons vu que les concessions et les compromis ne favorisent pas la modération chez les barbares, les fanatiques et les fous, mais les encouragent et les stimulent.
Nul besoin de se sentir humble et coupable en entendant les insultes: «impérialistes!», «croisés!», comme si l’histoire ne se rappelait pas qui a envahi le Proche- et le Moyen-Orient ainsi que l’Afrique du Nord, qui a conquis et dominé l’Asie Centrale et une grande partie de l’Asie du sud-est.
Je n’ai pas vraiment de sympathie pour les croisés qui, en route vers la Terre Sainte, «luttaient» volontiers contre des Juifs non armés, mais ils avaient le droit – aussi bien formellement que moralement – de vouloir conquérir les endroits les plus sacrés du christianisme que les envahisseurs musulmans au droit caduc avaient volés aux chrétiens et à l’état chrétien, détruisant à l’occasion les églises et élevant à la place d’intouchables mosquées.
La Mecque, Médine et une ville «sainte» sur deux en Irak, c’est encore trop peu pour une seule religion, il leur faut encore Jérusalem. Pourquoi? Pour l’unique raison que s’y trouvent des chrétiens et des juifs, près à accéder à leurs exigences pour avoir la paix ou la tranquillité. Une paix que n’acceptera bien entendu aucun «militant» musulman.
Dans ce désert aride, il est bien difficile d’obtenir un seau d’eau fraîche, comme a pu l’être la Réforme en Europe, mais un verre de vodka peut-être? Il est inutile de rêver à un nouveau siècle des Lumières, mais peut-être peut-on introduire dans les écoles un minimum d’enseignement sur la sexualité et expliquer que ce ne sont pas 70 vierges en cadeau qui attendent le criminel suicidaire, mais un terrible punition.
On peut et on doit tolérer la religion (même si elle n’est pas tout à fait à notre goût) mais pas celle des obscurs et des dangereux.